Le paillage au jardin : pourquoi, avec quoi et quand pailler

Le paillage consiste à couvrir le sol nu autour des plantes d'une couche de matière protectrice, organique ou minérale. C'est le geste qui rend le plus de services au jardin pour le temps qu'il demande : il limite l'arrosage, freine la levée des adventices, protège la terre du gel comme des fortes chaleurs, et, pour les paillis organiques, nourrit le sol en se décomposant. Encore faut-il choisir le bon matériau, la bonne épaisseur et le bon moment, car un paillage mal posé peut faire pourrir un collet ou apporter les graines qu'il devait empêcher de lever. Ce guide passe en revue les avantages du paillage pour le sol et les végétaux, les paillis naturels utilisés au jardin (écorce de pin, paille, copeaux de bois, chanvre, miscanthus) et les paillis minéraux, puis la période où pailler, la technique de mise en place et le coût à prévoir selon la surface.

Pourquoi pailler : quatre effets qui se cumulent

Le premier effet est la rétention d'eau. Un sol nu exposé au soleil perd son humidité par évaporation directe ; une couche de paillis fait écran, la terre reste fraîche plus longtemps et les arrosages s'espacent. En été, sur un massif ou un potager, la différence se voit à la main dès les premiers centimètres.

Le deuxième est le contrôle des mauvaises herbes. La plupart des graines d'adventices ont besoin de lumière pour germer ; en les privant de lumière, un paillis suffisamment épais réduit fortement le désherbage. Celles qui parviennent à lever le font dans une matière meuble et s'arrachent d'un geste.

Le troisième est la protection thermique. En hiver, le paillis joue le rôle d'une couverture sur les racines et le collet des vivaces ; en été, il évite que la surface du sol ne monte en température au point de bloquer l'activité biologique.

Le quatrième ne concerne que les paillis organiques : ils nourrissent le sol. En se décomposant, écorces, feuilles et broyats se transforment en humus, entretiennent la vie du sol et attirent les vers de terre, dont les galeries améliorent à leur tour l'infiltration de l'eau. C'est un cercle vertueux que le sol nu, lui, ne connaît pas : battu par la pluie, il se tasse et forme une croûte.

Paillis organiques : ce qu'ils valent, un par un

Les paillis organiques se décomposent, donc ils se renouvellent. C'est leur contrainte et leur intérêt.

Les écorces de pin tiennent deux à trois ans et donnent un aspect net aux massifs. Elles acidifient légèrement la surface du sol en se décomposant, ce qui convient aux plantes de terre de bruyère (rhododendrons, azalées, camélias, bruyères) et se remarque peu ailleurs.

La paille est le paillis classique du potager : bon marché, isolante, elle se décompose en une saison. Son défaut est connu, elle peut apporter des graines de céréales ou d'adventices selon sa provenance.

Les tontes de gazon ne coûtent rien, mais elles se manipulent avec méthode : posées fraîches et en couche épaisse, elles fermentent, chauffent et forment un feutre imperméable. Il faut les faire sécher un jour ou deux et ne pas dépasser deux à trois centimètres, quitte à recharger après chaque tonte.

Les feuilles mortes sont la ressource la plus abondante de l'automne. Entières, elles s'envolent ou se collent ; passées à la tondeuse, elles forment un paillis léger qui disparaît presque entièrement au printemps.

Le broyat de branches, souvent appelé bois raméal fragmenté, est le plus durable des paillis organiques et le plus favorable à la vie du sol. Une réserve tient : enfoui dans la terre, un bois jeune mobilise l'azote du sol pour sa décomposition, au détriment des cultures. En surface, ce qui est l'usage en paillage, le phénomène reste marginal, mais on évitera d'en incorporer au sol juste avant un semis exigeant.

Les paillis de chanvre, de lin ou de miscanthus sont fins, propres et légers. Ils se décomposent vite, en une saison, et conviennent bien aux semis, aux jeunes plants et aux jardinières où un broyat grossier serait disproportionné.

Paillis minéraux : durables, mais ils ne nourrissent rien

Ardoise concassée, pouzzolane, galets et graviers ne se décomposent pas. Ils durent des années, ne demandent aucun rechargement et conviennent aux massifs décoratifs, aux plantes de rocaille et aux abords de terrasse où l'on ne veut pas voir la matière évoluer.

Leur limite est l'envers de cet avantage : ils n'apportent rien au sol. Ils modifient aussi le comportement thermique du massif, la pouzzolane et l'ardoise foncée emmagasinant la chaleur du jour et la restituant la nuit, ce qui profite aux plantes méditerranéennes, moins pour un massif d'ombre. Enfin, ils sont difficiles à retirer une fois posés, ce qui rend le choix des plantes presque définitif.

Quand pailler son jardin

Les deux périodes utiles sont le printemps et l'automne, pour deux raisons différentes.

Au printemps, on paille une fois que le sol s'est réchauffé, et jamais avant. Une couche posée trop tôt maintient la fraîcheur et retarde le démarrage des cultures. On attend donc que la terre soit ressuyée et tiède, puis on installe le paillis sur un sol humide : pailler une terre sèche revient à empêcher la pluie suivante de l'humidifier.

À l'automne, l'objectif change : il s'agit de protéger le sol des pluies battantes et du gel, et de laisser la matière se décomposer sur place pendant l'hiver. C'est le moment des feuilles mortes et du broyat de taille, qui seront en partie incorporés par la faune du sol au printemps suivant.

Un sol laissé nu tout l'hiver perd de la structure et des éléments nutritifs par lessivage. Si l'on n'a pas de paillis sous la main, un couvert végétal semé à la place remplit une fonction voisine.

Comment procéder, et les erreurs qui coûtent

La mise en place tient en trois gestes. On désherbe d'abord soigneusement : un paillis posé sur un chiendent installé ne le fera pas disparaître, il le protégera. On arrose ensuite si la terre est sèche. On étale enfin la couche de façon régulière.

L'épaisseur dépend de la matière. Pour un paillis organique, cinq à dix centimètres constituent le repère courant : en dessous, la lumière passe et les adventices lèvent ; au-delà, on gaspille de la matière et l'on risque d'asphyxier la surface. Pour un paillis minéral, trois à cinq centimètres suffisent, la matière étant dense et opaque.

L'erreur la plus fréquente est de pailler contre le collet des plantes et le tronc des arbustes. L'humidité permanente y favorise les pourritures et les rongeurs y trouvent un abri idéal pour ronger l'écorce pendant l'hiver. On dégage donc quelques centimètres autour de chaque pied, en formant une petite couronne libre.

La deuxième erreur est de considérer un paillage organique comme définitif. Il s'amincit à mesure qu'il se décompose, c'est même le signe qu'il travaille : il faut le recharger, en général une fois par an pour les matières fines, tous les deux ou trois ans pour les écorces et le broyat.

La troisième est le film plastique posé sous un paillis décoratif. Il bloque l'eau, coupe la terre de la vie du sol et finit par se déchirer en morceaux impossibles à récupérer. Un carton brun sans encre ni adhésif rend le même service en se dégradant proprement.

Paillage et limaces : l'objection la plus fréquente

C'est la réserve que l'on entend le plus souvent, et elle n'est pas infondée : une couche de matière humide offre aux limaces exactement l'abri qu'elles recherchent en journée. Le phénomène est réel sur les paillis épais et grossiers, au potager, à proximité de jeunes plants tendres.

Il se tempère de deux façons. D'abord par le choix de la matière : un paillis fin et sec en surface, comme le chanvre, le lin ou la paille bien étalée, retient moins l'humidité de contact qu'un broyat épais. Ensuite par la faune que le paillage attire lui-même : carabes, staphylins et hérissons trouvent dans cette litière un habitat, et ce sont des prédateurs des limaces. Un jardin paillé depuis plusieurs saisons héberge une biodiversité qui régule en partie ce que le paillis a favorisé au départ.

La conduite raisonnable consiste donc à dégager les jeunes semis et les plants fragiles sur quelques centimètres, le temps qu'ils s'installent, puis à pailler franchement une fois la culture développée.

Quel paillage pour quelle situation

Au potager, on privilégie les matières qui se décomposent vite et enrichissent : paille, tontes séchées, feuilles broyées. Le sol y est travaillé chaque année, un paillis durable serait gênant.

Dans un massif d'arbustes, le broyat et les écorces conviennent mieux : on ne retourne pas la terre, et leur durée de vie évite d'y revenir chaque saison.

Pour un massif décoratif de plein soleil ou une rocaille, l'ardoise et la pouzzolane sont pertinentes, à condition d'assumer qu'elles ne nourriront pas le sol et qu'elles y resteront.

Au pied d'une haie, le broyat issu de la taille de cette même haie est la solution la plus simple et la plus économique : la matière retourne là d'où elle vient. C'est un principe que nous appliquons systématiquement dans nos chantiers d'entretien de jardin, où le broyage sur place évite à la fois l'achat de paillis et l'évacuation des déchets verts.

Ce que coûte un paillage

Le budget dépend entièrement de la matière et de la surface. Les ressources du jardin lui-même, tontes séchées, feuilles mortes et broyat de taille, ne coûtent que le temps de les récupérer, et couvrent une grande partie des besoins d'un jardin ordinaire.

Les paillis achetés se vendent au sac ou au mètre cube ; c'est la seconde unité qu'il faut regarder, car les frais de livraison pèsent lourd sur les petites quantités et un massif de vingt mètres carrés paillé sur sept centimètres demande déjà près d'un mètre cube et demi. Les paillis minéraux, plus chers à l'achat, ne se rechargent pas : leur coût s'amortit sur des années, là où un paillis fin se renouvelle chaque saison.

Le vrai calcul se fait donc sur la durée, en comptant l'arrosage et le désherbage économisés. C'est ce raisonnement que nous tenons lors de la création d'un jardin, où le choix du paillis se décide en même temps que celui des plantes, et non après coup.

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